Ce que devient le tapis rouge, une fois les projecteurs éteints ..
À Cannes, tout commence par une montée des marches.
Des flashs, des robes, des regards tournés vers les étoiles.
Puis, en silence, tout disparaît.
Chaque année, des tonnes de tapis rouge — foulées par les plus grandes figures du cinéma — sont démontées, roulées, oubliées. Une matière marquée, usée, parfois trouée. Une matière “imparfaite”, mais chargée d’histoire.
C’est là que Les Nippones entrent en scène.
Depuis Marseille, ce collectif de femmes, né d’une histoire familiale et d’un savoir-faire transmis sur trois générations, redonne vie à ce symbole éphémère. Leur terrain de jeu : ce tapis abandonné. Leur geste : transformer.
« On fait des sacs, des bobs, des étuis… des pièces assez uniques », expliquent-elles.
Dans leur atelier, la moquette devient matière à création. Sacs, éventails, chaussons, étuis : des objets du quotidien, pensés pour durer, porteurs d’une mémoire invisible. Car ici, rien n’est lisse. Le matériau garde ses traces, ses plis, ses cicatrices.
« Il n’est pas parfait… mais c’est un produit qui a vécu. »
Et c’est précisément là que réside sa valeur.
Le projet naît en 2021, lorsque plusieurs tonnes de tapis rouge sont confiées à la Réserve des Arts. Face à ce gisement inattendu, Les Nippones relèvent un défi simple en apparence : trouver une nouvelle utilité à ce qui était destiné à disparaître.
Transformer le symbole en usage.
Le spectacle en quotidien.
Leur approche est artisanale, engagée, presque militante. Elle s’inscrit dans une vision plus large : celle d’une mode qui répare, qui transmet, qui ralentit. Une mode qui redonne de la valeur à la main, au geste, au temps.
À contre-courant du neuf et du parfait, Les Nippones revendiquent une esthétique du vécu. Une élégance imparfaite. Une autre idée du luxe.
Aujourd’hui, leurs créations circulent entre ateliers, expositions et événements, jusqu’à revenir là où tout a commencé : sur la Croisette. Mais cette fois, le tapis rouge ne se regarde plus seulement. Il se porte.
